Chaleur et microbiote : La recette d’une meilleure solidité osseuse ?

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Rédigé par Deborah L. et publié le 6 juin 2021

L’ostéoporose désigne une maladie osseuse qui touche plus d’un tiers des femmes ménopausées et représente un véritable enjeu de santé publique. Et s’il était bientôt possible de prévenir les dommages de cette maladie liée au vieillissement ? C’est ce que suggèrent de récents travaux de scientifiques selon lesquels l’exposition à la chaleur améliorerait la solidité osseuse grâce à l’intervention du microbiote intestinal. Zoom sur une découverte prometteuse.

La recette d’une meilleure solidité osseuse

Ostéoporose : un enjeu de santé publique

L’ostéoporose désigne une maladie caractérisée par une  diminution de la résistance osseuse qui prédispose le patient à un risque accru de fracture. L’ostéoporose touche généralement les personnes âgées de plus de 65 ans et on estime qu’un tiers des femmes ménopausées en sont atteintes. Et avec l’allongement constant de l’espérance de vie, l’ostéoporose représente un véritable enjeu de santé publique !

Dans ce contexte, une équipe de scientifiques de l’Université de Genève a récemment fait une découverte qui pourrait aider à prévenir les dommages de cette maladie liée au vieillissement.

Impact de la chaleur sur la solidité osseuse

Inspirés par la règle d’Allen, les scientifiques genevois ont cherché à savoir si la croissance des os pouvait être affectée par la température ambiante. Pour cela, ils ont minimisé le choc thermique lié à la naissance de bébés souris en les plaçant directement à une température chaude de 34 °C. Ils ont alors constaté que les souris présentaient des os plus longs et plus solides.

À savoir ! La règle d’Allen doit son nom au naturaliste du XIXe siècle Joel Asaph Allen qui a soutenu l’hypothèse selon laquelle les animaux vivant dans des régions chaudes présentent une plus grande surface corporelle par rapport à leur volume que les animaux vivant dans des régions froides.

Les chercheurs ont ensuite souhaité savoir ce qu’il en était chez des souris plus âgées. En installant différents groupes de souris adultes dans un environnement chaud, ils ont alors observé que  la solidité et la densité osseuses étaient nettement améliorées. Le même résultat a été obtenu sur une population de souris ayant subi une ablation des ovaires (pour mimer l’ostéoporose post-ménauposale humaine). Selon Claire Chevalier, auteure principale de ces travaux, réchauffer le cadre de vie des souris les a ainsi protégées de la perte osseuse caractéristique de l’ostéoporose.

Les chercheurs ont poussé leurs investigations chez l’homme afin de savoir si les données épidémiologiques disponibles concordaient avec leurs observations chez l’animal. Ils ont ainsi examiné les données épidémiologiques mondiales sur l’incidence de l’ostéoporose en fonction de différents paramètres (température moyenne, latitude, consommation de calcium, taux de vitamine D). Ils ont alors observé une corrélation intéressante entre la latitude géographique et les fractures de la hanche. L’incidence des fractures de la hanche était plus élevée dans les pays du nord que dans les pays du sud (où il fait plus chaud). Cette corrélation a été observée indépendamment des autres facteurs considérés, ce qui donne à penser que la chaleur aurait bel et bien un impact sur la solidité osseuse.

À savoir ! En favorisant la perte de solidité osseuse, l’ostéoporose augmente considérablement le risque de fractures.

Le rôle du microbiote intestinal

Mettant à profit leur expertise dans le domaine du microbiote intestinal, les chercheurs ont dès lors souhaité savoir s’il jouait un rôle dans l’amélioration de la solidité osseuse sous l’effet de la chaleur. Pour mener à bien leurs recherches, ils ont transplanté le microbiote de souris vivant dans un environnement à 34° à des souris souffrant d’ostéoporose. L’ossature de ces dernières a été renforcée et solidifiée, et la perte de densité osseuse a été amoindrie.  Pour l’un des auteurs de l’étude, ces résultats suggèrent que « la chaleur favorise principalement la densité et la solidité des os à l’âge adulte grâce à des modifications du microbiote ».

Et c’est en développant des outils de pointe au sein de leur laboratoire de recherche, que les scientifiques ont pu éclaircir le rôle joué par le microbiote intestinal. Sous l’effet de la chaleur, le microbiote favoriserait en effet la synthèse de molécules appelées « polyamines» tout en réduisant leur dégradation. Or, ces molécules jouent un rôle essentiel dans la solidité osseuse en ce sens qu’elles influencent l’activité des cellules qui construisent les os et réduisent le nombre de cellules qui dégradent les os.

À savoir ! Le vieillissement et la ménopause perturbent l’équilibre existant entre les cellules qui fabriquent les os et celles qui les dégradent, ce qui a pour conséquence la fragilisation du squelette.

Publiés dans la revue Cell Metabolism, ces résultats suggèrent que l’exposition à la chaleur pourrait constituer une piste intéressante dans l’élaboration d’une stratégie de prévention contre l’ostéoporose. Ils ouvrent également de nouvelles perspectives thérapeutiques à travers la compréhension de l’influence du microbiote sur le métabolisme osseux. Prochaine étape pour les chercheurs ? Identifier précisément quels micro-organismes du microbiote sont responsables de la production de polyamines. L’enjeu consistera alors à mettre au point «des cocktails de bactéries » pour traiter certains troubles osseux et métaboliques, comme l’ostéoporose.

Déborah L., Docteur en Pharmacie

Source
– Stronger bones thanks to heat and microbiota. sciencedaily.com. Consulté le 31 mai 2021.