Focus sur l’ostéoporose

Feb 11, 2017 par

Cette année, l’AFLAR, Association Française de Lutte Anti-Rhumatismale, lance une campagne de mobilisation autour de l’ostéoporose. À cette occasion, le rhumatologue Laurent Grange, président de l’association, aide Mon Ostéoporose à décrypter cette maladie osseuse souvent silencieuse et bien trop sous-estimée.

« L’activité physique, à répartir dans la semaine, est également importante pour stimuler la formation osseuse. Alors bougez, marchez, sortez, allez chercher votre pain ! »

Dr Laurent Grange
Rhumatologue et président de l’AFLAR

Pour rappel

Les os sont soumis, en permanence, à un phénomène nommé remodelage osseux permettant leur renouvellement et leur réparation. Au cours de l’ostéoporose, ce processus s’accélère de façon pathologique et entraîne une diminution de la densité osseuse et une détérioration de la structure interne de leur tissu. Ce phénomène est responsable d’une fragilité osseuse accrue et d’un risque de fractures fortement augmenté.

Qui est concerné par l’ ostéoporose ?

« La masse osseuse (part du poids constitué par les os du squelette) augmente jusqu’à nos 20-25 ans puis elle se stabilise. Chez les femmes, au moment de la ménopause, elle chute rapidement car le remodelage osseux est contrôlé par les hormones féminines. On assiste alors à une perte osseuse qualitative et quantitative. »

Par conséquent, l’ostéoporose est deux à trois fois plus fréquente chez les femmes. Ainsi, elle toucherait entre 2,5 et 3,5 millions de femmes après leur ménopause.

Est-ce possible de la prévenir ?

« Pour anticiper le risque d’ostéoporose, il est nécessaire d’avoir un apport suffisant (en fonction de l’âge) en calcium et en vitamine D, tout au long de sa vie. »

L’apport en vitamine D peut se faire :

  • par exposition solaire du visage, des avant-bras et des mains, de 15 à 20 minutes par jour, en dehors des heures chaudes. Mais l’apport sera différent selon le taux d’ensoleillement, le degré de pigmentation de la peau et l’âge du patient. En effet, en vieillissant, la peau devient de moins en moins efficace pour synthétiser la vitamine D ;
  • par l’alimentation : par exemple, les huiles de poissons, les poissons gras, le beurre, les œufs ;
  • par la prise d’une supplémentation orale.

L’apport en calcium se fait par les produits laitiers, les fruits secs, certains légumes-feuilles (par exemple les épinards) et choux, ainsi que quelques eaux minérales. Les apports nutritionnels conseillés, qui varient en fonction de l’âge, sont de 900 mg pour un adulte et de 1 200 mg pour les femmes de plus de 55 ans et les personnes âgées.

« L’activité physique, à répartir dans la semaine, est également importante pour stimuler la formation osseuse. Alors bougez, marchez, sortez, allez chercher votre pain ! »

Quels sont les facteurs de risque ?

Sont considérés comme facteurs de risque : un âge avancé, le fait d’être une femme, une carence oestrogénique liée à la ménopause, une prédisposition génétique, une sédentarité, un tabagisme, une consommation d’alcool dépassant 2 verres chez la femme et 3 chez l’homme, avoir un IMC (Indice de Masse Corporelle) inférieur à 19, des apports vitaminiques et/ou calciques insuffisants, la prise de certains médicaments tels que les corticoïdes de façon prolongée, ainsi que certaines maladies (par exemple, les maladies thyroïdiennes).

Comment la dépister et diagnostiquer ?

« L’examen s’effectue, par les médecins généralistes, à l’aide d’un interrogatoire simple, notamment chez les femmes ménopausées, et par la mesure de la taille. S’ils observent une perte de 4 cm par rapport à la taille « historique » (taille à 20 ans), ils effectueront des radiologies et examens supplémentaires afin de détecter un tassement de vertèbres et une ostéoporose. La prise de mesure se fait tous les ans à partir de 50 ans.

Ensuite, une ostéodensitométrie permettra d’évaluer la perte de densité minérale osseuse afin d’effectuer le diagnostic. Les risques de fractures ostéoporotiques sont évalués grâce à un outil nommé FRAX®. »

Quels traitements et accompagnements mettre en place ?

« La prévention des chutes est très importante. Pour cela, il faut corriger les troubles de la vision des patients, veiller à ce qu’ils gardent une bonne tonicité musculaire, sécuriser leurs intérieurs (enlever les fils téléphoniques du passage, les tapis entre le lit et les toilettes…), vérifier qu’ils soient chaussés correctement, etc. »

A savoir ! La survenue d’une première fracture multiplie les risques d’en faire d’autres.

L’objectif des traitements de l’ostéoporose étant la prévention des fractures, leurs modes d’actions visent à freiner le remodelage osseux en diminuant la perte de matière et/ou en stimulant la formation osseuse.

Les traitements spécifiques anti-ostéoporotiques comprennent les biphosphonates, le raloxifène, le tériparatide et le denosumab. Le choix se fait en fonction du profil du patient et est réévalué tous les 4-5 ans.

Pour traiter les douleurs, hormis les traitements classiques, peuvent être mis en place des séances de kinésithérapie, l’utilisation de chaleur, le port de corset ou ceinture pour soulager les tassements de vertèbres…

Quels types de problèmes sont rencontrés au quotidien par les patients atteints d’ ostéoporose ?

« Cette maladie est silencieuse et lorsqu’elle s’exprime, c’est sous forme de fractures (150 000 fractures estimées par an en France) engendrant douleurs, diminution de la taille, dos voûtés… Etant insidieuse, l’ostéoporose est difficile à dépister et les patients n’ayant pas de symptômes n’adhérent pas forcement à leurs traitements, pourtant essentiels. »

L’association AFLAR (Association Française de Lutte Anti-Rhumatismale) a lancé une grande enquête « Faisons du bruit autour d’une maladie silencieuse » auprès des personnes souffrant d’ostéoporose.

À quelles problématiques faites-vous face en tant qu’association, pour parvenir à aider au mieux ces patients ?

« En France, nous devons faire face à un désinvestissement complet de la prise en charge de l’ostéoporose. Les médecins généralistes n’ont plus le temps de s’en occuper et les patients ont peur des médicaments anti-ostéoporotiques à cause des nombreuses informations fausses qui circulent (cette maladie est parfois considérée comme imaginaire par certains médias !). Cependant, il y a de plus en plus de fracturés et de moins en moins de prises en charge avec, par exemple, entre 2011 et 2013, une diminution de 400 000 patients traités et une augmentation de 10 % des fractures. Un signal d’alarme a donc été tiré.

Le but de l’enquête est, avec d’autres opérations mises en place, d’établir les Etats Généraux de l’ostéoporose afin d’améliorer sa prévention, son dépistage et sa prise en charge, d’informer et de sensibiliser le public et les professionnels de santé. »

Pour conclure, avez-vous un message particulier à adresser aux patients atteints d’ ostéoporose ?

« Toute fracture du poignet à 50-60 ans doit faire penser à l’ostéoporose ! Il faut aller se faire dépister, voire traiter ! N’hésitez pas à en parler à votre médecin et n’ayez pas peur des médicaments qui sont là pour vous aider. Le médecin évaluera les bénéfices/risques et le prescrira s’il est nécessaire. »

Interview et article réalisé par Dorothée S. Docteur en pharmacie


Sources :

Ameli-santé. Ostéoporose. Mis à jour le 15 mars 2016.

ANSES. Vitamine D. Présentation, sources alimentaires et besoins nutritionnels. Mis à jour le 14 avril 2016. 

ANSES. Le calcium. Présentation, sources alimentaires et besoins nutritionnels. Mis à jour le 9 juin 2016. 

INSERM. Dossiers d’information. Ostéoporose. Avril 2016. 

Dorothee S.
Pharmacienne
Passionnée par tous les domaines de la santé et plus particulièrement la e-santé, la nutrition et le bien-être.
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